Changement climatique -

Météo-France

Quel climat futur à Mayotte selon la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) ?

07/06/2025

Depuis septembre 2025, Météo-France met progressivement à disposition de nouvelles projections climatiques à l’échelle locale pour les territoires ultramarins sur le portail DRIAS, Les futurs du climat. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), déjà établie pour l’Hexagone et la Corse, et visent à aider les outre-mer à mieux anticiper les effets du réchauffement et à préparer leurs stratégies d’adaptation. Voici les résultats pour Mayotte.

Introduction

La Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC)

Les derniers rapports du GIEC (IPCC 2018, IPCC 2021) montrent que les impacts du changement climatique dans une zone donnée sont déterminés par le niveau moyen de réchauffement planétaire, indépendamment de la manière ou du moment où ce niveau est atteint. On peut ainsi évoquer, par exemple, le « climat de la France dans un monde à +2 °C ».

La Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) a été définie dans le cadre du nouveau Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3) et vise à définir un cadre commun pour les actions d’adaptation. Elle repose sur le constat scientifique (IPCC 2021) que le réchauffement moyen mondial dépend des émissions cumulées à l’échelle internationale (et non des seules politiques françaises) et que ce réchauffement a des effets régionaux et locaux.

La TRACC s’appuie sur les engagements actuels des États en matière de réduction des émissions et les traduit en réchauffement global et territorial à trois échéances. Elle considère qu’en l’absence de mesures supplémentaires à l’échelle internationale, le réchauffement pourrait atteindre trois niveaux, dont les horizons temporels découlent des politiques mondiales actuelles. Ces niveaux sont définis comme suit : +1,5 °C en 2030, +2 °C en 2050 et +3 °C en 2100 par rapport à la température de référence de l’ère préindustrielle, estimée comme la moyenne entre 1850 et 1900.

Le réchauffement climatique variant spatialement, ces niveaux planétaires sont traduits en niveaux territoriaux pour chaque territoire français. Cette correspondance repose sur des méthodes statistiques dites de « contraintes observationnelles » et sur des données combinant modèles et observations (Ribes et al. 2021, Ribes et al. 2022). À Mayotte, les niveaux territoriaux de la TRACC sont de +1,5 °C, +2,0 °C et +2,9 °C aux horizons 2030, 2050 et 2100, toujours par rapport à l’ère préindustrielle (figure ci-dessous). Ces valeurs, proches du réchauffement global, s’expliquent par le caractère insulaire du territoire et l’influence océanique. Ces niveaux doivent être considérés comme des cibles d’adaptation, et non comme des projections pour une période donnée.

Présentation de la TRACC en termes d’échéance et de niveau de réchauffement planétaire et territorial à Mayotte.

Quantifier les incertitudes

La prise en compte des incertitudes liées aux projections climatiques est essentielle pour définir des stratégies d’adaptation robustes en climat futur. Pour caractériser le climat aux différents niveaux de réchauffement de la TRACC, le jeu de données Mayotte SocleOM-climat-2025 repose sur 24 simulations climatiques globales ou régionales, descendues en échelle à une résolution de 2,5 km par 2,5 km sur le territoire. L'une des simulations régionales a été réalisée et exploitée dans le cadre du projet BRIO (Leroux et al. 2023, Leroux et al. 2024).

Pour chaque niveau de réchauffement de la TRACC Mayotte (figure ci-dessus), on détermine l’année pivot à laquelle ce niveau est atteint dans chacune des 24 simulations. Pour intégrer la variabilité interannuelle à ce niveau de réchauffement, les indicateurs climatiques sont calculés sur les 20 années simulées autour de la date pivot (10 années avant et 9 après). 

Pour synthétiser les valeurs des indicateurs du jeu de données Mayotte SocleOM-climat-2025, on utilise les notions de quantile et de médiane (figure ci-dessous). Statistiquement, le quantile indique combien de valeurs d’une distribution sont supérieures ou inférieures à un seuil donné. Par exemple, 90 valeurs sur 100 dépassent le quantile 10, une sur deux est inférieure (ou supérieure) à la médiane (quantile 50, centre de la distribution), 10 sur 100 dépassent le quantile 90 (dépassé dans 10 % des cas). On peut aussi compléter la description d’un jeu de données par ses valeurs extrêmes, présentées entre crochets. 

Cette approche peut être utilisée à la fois :

  • sur le plan spatial : la médiane indique la valeur inférieure (ou supérieure) atteinte sur la moitié du territoire de Mayotte. Elle est plus pertinente que la moyenne lorsqu’on observe des écarts dans certaines zones (montagne par exemple), ou pour des indicateurs fondés sur des seuils (nombre de jours au-dessus ou en dessous d’une valeur donnée). 
  • sur le plan statistique, en considérant les 24 simulations sur chaque carré de 2,5 km de côté. Cette approche permet d’associer à un indicateur climatique une valeur médiane et une plage d’incertitude (borne basse et haute) définie par les quantiles des 24 simulations. Les q10 et q90 calculés à partir des médianes spatiales sur le territoire serviront ici à estimer des plages d’incertitude approximatives (q90-q10)/2.

Représentation sous forme de boîte à moustaches des valeurs prises par un ensemble de simulations à travers la médiane (trait rouge), les quantiles 10 et 90 (limites inférieures et supérieures de la boîte), et les quantiles 5 et 95 (« moustaches » de la boîte).

Période de référence

Afin de mieux refléter le climat actuel, la période de référence choisie pour le jeu de données Mayotte SocleOM-climat-2025 est 1991-2020. Le réchauffement observé à Mayotte entre l’ère préindustrielle et la période 1991-2020 est estimé autour de +0,8 °C.

Quelle évolution des températures ?

Températures moyennes

Les hausses attendues de la température moyenne annuelle sur Mayotte, par rapport au passé récent 1991-2020, sont de (tableau ci-dessous) :

  • +0,7 °C [+0,6 °C ;+0,8 °C] à l’horizon TRACC 2030 ;
  • +1,2 °C [+1,1 °C ;+1,3 °C] à l’horizon TRACC 2050 ;
  • +2,2 °C [+2,0 °C ;+2,3 °C] à l’horizon TRACC 2100.

Pour rappel, les valeurs entre crochets correspondent aux minima et maxima de l’ensemble de données.

Monde (pré-industriel) +1,5 °C + 2,0 °C + 3,0 °C
Mayotte (pré-industriel) + 1,5 °C +2,0 °C +3,0 °C
Mayotte (référence 1991-2020) +0,7 °C +1,2 °C +2,2 °C

Ligne 1 : niveaux de réchauffement planétaire par rapport à la période pré-industrielle 1850-1900. Lignes 2 et 3 : niveaux de réchauffement régionaux correspondants sur Mayotte par rapport aux périodes pré-industrielle et 1991-2020.

L’année chaude exceptionnelle de 2024 (+1,2 °C relevés à Pamandzi par rapport à 1991-2020) pourrait devenir une année normale à l’horizon 2050 de la TRACC.

Températures extrêmes

Dans le passé récent 1991-2020, les jours chauds (températures maximales supérieures ou égales à 32 °C) concernaient majoritairement le littoral de Mayotte une trentaine de jours par an (figures 1 et 2). Les jours chauds vont devenir plus fréquents à mesure que le climat se réchauffe et vont s’étendre sur l’archipel (figures 2 et 3). Cette augmentation sera notable à 2,0 °C (respectivement 3,0 °C) de réchauffement sur une grande partie de l’archipel qui pourrait connaître environ 130 (respectivement 205) jours chauds en moyenne par an, avec une incertitude d’environ 10 jours autour de cette valeur médiane (figures 1 et 3).

Figure 1 : distribution du nombre annuel de jours chauds (températures maximales supérieures ou égales à 32 °C) sur Mayotte (médiane spatiale) dans l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025, pour le climat récent 1991-2020 et pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement.

Figure 2 : carte du nombre annuel de jours chauds (températures maximales supérieures ou égales à 32 °C) sur la période 1991-2020 selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 à Mayotte.

Figure 3 : évolution, par rapport au passé récent 1991-2020, du nombre annuel de jours chauds (températures maximales supérieures ou égales à 32 °C) à Mayotte selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. 

Dans le passé récent 1991-2020, les nuits chaudes (températures minimales supérieures ou égales à 26 °C) concernaient exclusivement Petite Terre et les zones littorales une quinzaine de jours par an (figures 4 et 5). Les nuits chaudes vont se multiplier à mesure que le réchauffement progressera mais aussi se propager vers l’intérieur de Grande Terre (figures 4 et 6). Cette augmentation sera notable à 2,0 °C (et respectivement très forte à 3,0 °C) de réchauffement sur une grande partie de l’île qui pourrait connaître environ 55 (respectivement 115) nuits chaudes en moyenne par an, avec une incertitude d’environ 10 jours autour de cette valeur médiane (figures 4 et 6). 

Figure 4 : distribution du nombre annuel de nuits chaudes (températures minimales supérieures ou égales à 26 °C) sur Mayotte (médiane spatiale) dans l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025, pour le climat récent 1991-2020 et pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement.

Figure 5 : carte du nombre annuel de nuits chaudes (températures minimales supérieures ou égales à 26 °C) sur la période 1991-2020 selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 à Mayotte.

Figure 6 : évolution, par rapport au passé récent 1991-2020, du nombre annuel de nuits chaudes (températures minimales supérieures ou égales à 26 °C) à Mayotte selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. 

Quelle évolution des précipitations ?

Précipitations moyennes

L’évolution des précipitations est dominée par de fortes fluctuations et l’alternance d’années ou décennies plus pluvieuses ou plus sèches. Le cumul de pluies annuel (~1 200 mm en médiane spatiale sur le territoire dans le climat récent 1991-2020) évolue très peu en moyenne avec le réchauffement, et pas de façon significative.

En saison sèche (mai à octobre), le cumul de pluies à Mayotte en climat récent (1991-2020) est d’environ 90 mm en médiane spatiale sur le territoire, avec davantage de précipitations au centre de Grande Terre sur la partie montagneuse (figure 7). Quel que soit le niveau de réchauffement, la plupart des simulations de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 indiquent une baisse relative du cumul moyen de pluies en saison sèche sur l’ensemble de l’archipel (figures 8 et 9). Pour le niveau de réchauffement le plus élevé (3,0 °C), cette baisse se chiffre autour de -30 % en moyenne sur le territoire avec une incertitude d’environ 15 % autour de cette valeur médiane. Pour les niveaux de réchauffement +1,5 °C et +2,0 °C respectivement, les baisses de précipitations sont également significatives et se chiffrent à -15 % et -25 % respectivement avec une incertitude d’environ 15 % autour de ces valeurs médianes (figure 9).

Figure 7 : carte du cumul de précipitations en saison sèche (mai à octobre) sur la période 1991-2020 selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 à Mayotte.

Figure 8 : évolution du cumul de précipitations (en anomalie relative par rapport au passé récent 1991-2020, en %) en saison sèche (mai à octobre) selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. Les hachures délimitent les zones où moins de 80 % de modèles sont en accord sur le signe de l'évolution.

Figure 9 : distribution de l’évolution du cumul de précipitations (en anomalie relative par rapport au passé récent 1991-2020, en %) en saison sèche (mai à octobre) sur Mayotte (médiane spatiale) dans l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. 

En intersaison (octobre-novembre), le cumul de pluies à Mayotte en climat récent (1991-2020) est d’environ 85 mm en médiane spatiale sur le territoire (figure 10). Une grande majorité des simulations de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 indiquent une baisse relative du cumul moyen de pluies, témoignant d’un retard de démarrage de la saison des pluies, pour tous les niveaux de réchauffement (figures 11 et 12). Pour le niveau de réchauffement le plus élevé, elle se chiffre autour de -40 % sur le territoire avec une incertitude d’environ 25 % autour de cette valeur médiane. Pour les niveaux de réchauffement +1,5 °C et +2,0 °C, les baisses sont de l’ordre de -25 % et -30 % respectivement, avec une incertitude d’environ 20 % autour de ces valeurs médianes (figure 12). 

Figure 10 : carte du cumul de précipitations en intersaison (octobre à novembre) sur la période 1991-2020 selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 à Mayotte.

Figure 11 : évolution du cumul de précipitations (en anomalie relative par rapport au passé récent 1991-2020, en %) en intersaison (octobre à novembre) selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. Les hachures délimitent les zones où moins de 80 % de modèles sont en accord sur le signe de l'évolution.  

Figure 12 : distribution de l’évolution du cumul de précipitations (en anomalie relative par rapport au passé récent 1991-2020, en %) en intersaison (octobre à novembre) sur Mayotte (médiane spatiale) dans l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. 

Sécheresses

Un premier diagnostic sur les sécheresses peut être réalisé à partir du nombre de jours consécutifs sans pluie. Les périodes les plus longues de jours consécutifs sans pluie à Mayotte en climat récent (1991-2020) s’étendent sur 70 jours environ en médiane spatiale sur le territoire et s’observent pour la plupart en saison sèche, entre mai et octobre, avec des sécheresses plus prolongées sur la côte est (figure 13). Pour des niveaux de réchauffement de +2 °C et +3,0 °C, les périodes de sécheresses seront significativement plus longues d’environ 5 à 10 jours respectivement avec une incertitude de 10 à 15 jours autour de ces valeurs médianes (figures 14 et 15) et un assèchement plus prononcé sur la cote est de l’île. Pour un réchauffement moindre de 1,5 °C, la baisse de précipitations est plus faible ; moins de 80 % des modèles s’accordent sur une tendance à la baisse  sur une bonne partie du territoire (figure 14, hachures), rendant cette baisse plus incertaine. Un diagnostic sur l’évolution de leur étendue non seulement temporelle mais aussi spatiale sur le territoire fera l’objet de futures analyses approfondies. La hausse des températures et de l’évapotranspiration pourrait notamment renforcer la sécheresse du sol et des autres composantes hydrologiques.

Figure 13 : carte du nombre maximum de jours sans pluie en saison sèche (mai à octobre) sur la période 1991-2020 selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 à Mayotte.

Figure 14 : évolution du nombre maximum de jours sans pluie (en anomalie par rapport au passé récent 1991-2020) en saison sèche (mai à octobre) selon la médiane de l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. Les hachures délimitent les zones où moins de 80 % de modèles sont en accord sur le signe de l’évolution.  

Figure 15 : distribution de l’évolution du nombre maximum de jours sans pluie (en anomalie par rapport au passé récent 1991-2020) en saison sèche (mai à octobre) sur Mayotte (médiane spatiale) dans l’ensemble Mayotte SocleOM-climat-2025 pour les niveaux de réchauffement territoriaux associés aux horizons TRACC 2030, 2050 et 2100, respectivement. 
 

Quelle évolution des cyclones ?

Le nombre de cyclones à l’échelle du bassin sud-ouest de l’océan Indien continuera de fluctuer fortement d’une année sur l’autre, et on n’attend pas d’augmentation de leur nombre en moyenne (Knutson et al., 2020, Cattiaux et al. 2020, Leroux et al. 2023, Leroux et al. 2024). L’intensité moyenne d’un cyclone, définie par le maximum de vent atteint au cours de son cycle de vie, est prévue augmenter dans un climat qui se réchauffe (Knutson et al., 2020, Cattiaux et al. 2020, Leroux et al. 2023, Leroux et al. 2024). Les simulations indiquent aussi une hausse des pluies cycloniques d’autant plus marquée que le réchauffement est fort.

 

Bibliographie

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